Doctor L (***)

doctorl_wisdom2L’Irlandais le plus prolifique de la musique électronique française est de retour, sans demi-mesure encore une fois, puisqu’il livre ici son premier double-album.

Liam Farrel a commencé sa carrière en tant que compositeur du groupe de rap Assassin, créant les ambiances les plus profondes, les partitions les plus complexes que cette musique ait connu à ce jour. Échappé du groupe depuis maintenant deux décennies, il n’a eu de cesse d’explorer la musique sous toutes ses formes, du sample à la composition traditionnelle, expérimentant aux côtés des plus grands, multipliant les projets et les participations à un rythme incroyable.

Il délivre ici un de ses opus les plus accessibles sans jamais verser dans la facilité, faisant preuve comme à son habitude d’une maitrise exceptionnelle, explorant et repoussant encore ses propres limites. Comparé par le passé à Jimmy Hendrix, Doctor L montre encore une fois (et peut-être plus que jamais) sa capacité à surprendre et à emporter son auditoire dans le monde qu’il crée de ses sonorités. Un double album d’une grande qualité, comme on aimerait en voir plus souvent. Tout le temps à vrai dire.

James Vincent McMorrow (*****)

James-Vincent-McMorrow-Post-TropicalAprès avoir livré un premier opus folk maîtrisé de bout en bout, l’irlandais à la voix si particulière nous revient avec « Post Tropical ». Le changement est radical, la prise de risque maximale. Plus de ballades aux accents folks envoûtants, mais une électro magique et délicate, poignante et profonde.

Il est des albums dont on ne peut saisir l’essence à la première écoute, et qui sont pourtant souvent parmi les meilleurs. C’est ici le cas. D’autant plus après la surprise suscitée par ce changement radical d’atmosphère. Mais déjà, l’émotion de cette voix si reconnaissable vous emporte plus loin encore que dans ses précédentes réalisations et reprises.

Second disque, second coup de maître, qui semble se sublimer encore à chaque écoute. Il semble que James Vincent Mc Morrow n’ait pas fini de nous surprendre, et tant mieux.

Common (****)

common-nobodys-smiling-deluxe-coverLonnie Lynn Jr revient avec un dixième album forgé pour et par la ville qui l’a vu naître, Chicago. Pas de grands invités ici, seulement des artistes locaux. Et c’est en hôte à l’humilité sincère que Common reçoit. Il étale son flow unique avec la simplicité qui le caractérise, et se permet même de dérouler certains de ses meilleurs textes. Ce qui n’est pas peu dire aux vues des classiques qu’il a délivré tout au long de ses vingt-deux ans d’activisme. D’activisme, oui, la musique de Common a toujours été empreinte de messages, militante. Et le présent album ne fait pas exception. Alors certes, on pourrait reprocher à No ID (producteur exécutif de l’album) d’être brut et de ramener sans concession ce son qui faisait défaut aux précédents opus de son compère historique. Exit le côté soul/pop auquel Common nous avait habitués, mais cela fait partie du message. « Nobody’s Smiling ». Personne ne sourit. Le titre de l’album est évocateur, honnête et réaliste, comme chacun des morceaux qui le composent. Tout comme l’artiste lui-même. En somme, un retour aux sources réussi, exemplaire. Chicago peut être fière de son fils.

Sia (****)

sia_1Il reste des Artistes, avec un A majuscule. Incontestablement, Sia est une des leurs. Son dernier album remonte déjà à quatre ans, mais elle n’avait pas disparu des charts pour autant, offrant ses talents d’écriture à Katy Perry, Rihanna ou autre Beyoncé. Ceux qui l’ont découverte avec le magnifique « Breathe Me » sur « Colour The Small One » en 2004 ou sur les albums de Zero 7 en seraient presque choqués, tant l’Australienne semble être par essence l’opposée de cette musique « Pop ». Pourtant, c’est bien d’elle qu’il s’agit. Et loin de renier cette dimension populaire la voilà qui la sublime. Sia n’a pas changé, ses textes en témoignent, malgré l’évidente légèreté musicale. Elle ne nous emporte que plus loin encore, là où on ne l’attendait pas forcément, ce qui est finalement une habitude avec la dame, en délivrant un nouvel opus cohérent et beaucoup plus profond qu’il ne le laisse croire. Sia prouve une nouvelle fois qu’on peut délaisser la gloire à ses consœurs tout en restant une diva, quand on en possède le talent et la grandeur.

Christine and the Queens (***)

christine-and-the-queensFermez les yeux. Malgré le soin qui a été apporté à la mise en scène et à la création du personnage, oubliez-les. Malgré la cohérence de ce personnage et son charisme, oubliez-le. Oubliez tout ça. Écoutez la voix, laissez-la vous emporter. Laissez les sonorités électro-pop irréprochables et profondes vous enivrer. Les paroles vous emmener là où Héloïse Letissier se propose de vous emmener. Morceaux après morceaux l’univers de Chaleur Humaine se déploie, surprenant d’intelligence. Ce premier album laisse espérer le meilleur pour la suite, quand l’expérience se joindra à la maturité évidente dont l’artiste fait déjà preuve. Vous pouvez rouvrir les yeux à présent et constater comment l’imagerie se lie aux notes, comment « Christine and the Queens » en impose. Chaleur Humaine, c’est la naissance d’une diva pop. Des erreurs de parcours sont possibles, mais la carrure et les épaules sont là, indéniablement.

Woodkid (****)

Ecoutez-le-premier-album-de-Woodkid-en-avant-premiere_portrait_w532À la fois moderne et instrumental, le dernier album de Woodkid est un chef d’œuvre. Yoan Lemoine, de sa voix puissante et mélancolique, se balade entre la pop, le hip-hop, et l’orchestral. Accompagné par un orchestre complet et varié, sur un son presque « tribal » ou héroïque, Yoann Lemoine réchauffe, et conforte. Chacun de ses morceaux nous raconte une histoire, et est authentique.

« The Golden Age » n’est pas qu’un travail musical, c’est également un univers visuel fascinant et complet.

Milky Chance (****)

5414939653773_600Après avoir investi les charts sans promo tapageuse comme c’est pourtant de bon ton aujourd’hui, Clemens Rehbein et Philipp Dausch, comprenez Milky Chance, avaient crée une attente justifiée chez les amateurs de pop.

Et tandis qu’ils faisaient hausser les sourcils de certains critiques qui croyaient plus à une blague ou à un coup de chance qu’à un réel potentiel, les deux potes de fac se permettaient même de créer leur propre label. Jusqu’ici, c’est une belle histoire. Le problème avec les belles histoires dans la musique, c’est que ça se termine souvent en eau de boudin avec un album contenant un hit et dix morceaux indigestes.

Alors qu’en est-il au lendemain de cette sortie ?

Pour ceux qui y ont cru dès la première écoute de « Stolen Dance », pas de surprise. Le duo confirme. Mélodies simples qui empruntent au reggae et à la folk, percus électro ciselées, voix graveleuse et chaude, on a dans les mains un bon album pop décomplexé sans être prétentieux.
La liberté que leur structure leur apporte ne les aura pas menés dans les écueils de se reposer sur un seul morceau.

Alors oui diront certains, ça reste dans le même ton, tout en évitant la répétition. Pour ma part, je préfère y voir une cohérence, une ambiance qui se déguste sur la longueur. Après tout, il ne s’agit pas d’une compilation de musiques du monde.
Est-ce qu’on dansera sur du Milky Chance comme sur du Lady Gaga ? Non, c’est sûr. En même temps, c’est pas ce qu’on leur demande.
Les onze morceaux (plus trois bonus) nous font passer un agréable moment entre mélancolie et sourire en coin et c’est déjà pas mal.

En somme, Sadnecessary est l’album idéal en ce mois de mai si nuageux.